S’il fallait retenir une chose du coaching émotionnel intégratif, ce serait probablement
ceci : lorsqu’un individu se sent bloqué, ce n’est pas juste “dans la tête” ou “dans le
cœur” — c’est, en réalité, un dialogue interrompu entre deux parties clés du cerveau. Le
réseau frontopariétal, ce quartier général du raisonnement, n’arrive plus à discuter
clairement avec le système limbique, berceau de nos émotions. Et dans cette
mésentente cérébrale, le coach émotionnel intervient comme un médiateur.
Mais comment, concrètement, repérer cette rupture intérieure ?
La plupart du temps, les gens viennent déjà avec ce ressenti : “Je suis perdu”, “Je n’arrive
pas à avancer”, “Je sens que quelque chose bloque, mais je ne sais pas quoi.” Ces mots
sont des indices, mais le corps, lui, raconte souvent bien plus. Une posture refermée, un
sourire crispé, un regard figé — pour un coach attentif, tout cela parle fort. C’est dans ce
langage muet que le système limbique s’exprime, bien avant les mots.
David Matsumoto, psychologue américain, parle des émotions comme de petites
secousses bio-psycho-sociales. Elles jaillissent soudainement, en réponse à un
événement précis, et nous poussent à réagir vite. Elles sont biologiques, car elles
modifient notre activité cérébrale et corporelle ; psychologiques, car elles façonnent
notre perception du monde ; sociales, car elles se manifestent dans notre
communication non verbale.
Des émotions fugitives, mais puissantes
Même si elles ne durent que quelques secondes, les émotions ont un pouvoir
disproportionné. On en a tous fait l’expérience. Par exemple, imaginez qu’au moment où
vous décidez du prix de vente d’un objet, une mauvaise odeur vous incommode : vous
risquez de fixer un prix plus bas que prévu. Pourquoi ? Parce que le dégoût ressenti
biaise inconsciemment votre décision. Ce genre d’anecdote, en apparence anodine,
révèle à quel point nos ressentis peuvent détourner le cours de notre pensée rationnelle.
C’est là que les émotions prennent tout leur sens : elles nous permettent de réagir
rapidement, presque en pilote automatique, à des situations perçues comme urgentes.
Elles sont comme des raccourcis neuronaux qui, pour être efficaces, s’appuient sur une
structure : un déclencheur, une fonction et un besoin sous-jacent.
Sentiments ou émotions : une distinction subtile mais cruciale
Dans le langage courant, on utilise souvent l’un pour l’autre. Pourtant, ils ne sont pas
interchangeables. L’émotion naît d’un programme d’action inconscient. Le sentiment,
lui, émerge lorsqu’on prend conscience de cette émotion – lorsqu’on la ressent
physiquement, qu’on la nomme, qu’on en parle. C’est un peu comme faire la lumière sur
ce qui se passe en coulisses.
Une cartographie émotionnelle en douze nuances
Plutôt que de classifier les émotions entre “bonnes” et “mauvaises”, cette approche
préfère les répartir selon leur rôle : défensives (peur, tristesse, honte, culpabilité),
offensives (colère, dégoût, mépris), et coopératives (joie, amour, intérêt). La surprise est
à part — elle ne juge pas, elle interrompt. Quant à la fierté, elle est un cas à part : elle
peut être lumineuse ou insupportable, selon sa forme. La psychologie parle alors de
fierté authentique, saine et constructive, ou de fierté présomptueuse, teintée
d’arrogance.

Ce découpage permet une lecture fine et utile en coaching. Car chaque émotion devient
une porte d’entrée : elle pointe vers une histoire, une tension intérieure, un besoin non
reconnu. Et en prêtant attention non seulement à ce que le client dit, mais à comment il
le dit – ses gestes, son ton, ses silences –, le coach aide à remettre en route ce fameux
dialogue entre cerveau émotionnel et cerveau rationnel.
Conclusion : restaurer le dialogue intérieur
Au fond, le coaching émotionnel intégratif ne cherche pas à “gérer les émotions”
comme on gérerait un agenda. Il invite à les écouter, à les comprendre, à les traverser.
C’est un accompagnement subtil, qui consiste à aider la personne à se reconnecter à
elle-même, en réparant le lien entre pensée et ressenti. Ce lien, souvent abîmé par le
stress ou le passé, peut être restauré — lentement, mais durablement.
C’est là que naît le véritable changement : quand le cerveau et le cœur se remettent à
dialoguer, la vie intérieure reprend son élan.

